Publié le 22 juillet 2007 , par LA TEMPERANCE
Hier, je vous ai parlé de votre maladie et j’ai sollicité votre active coopération au traitement. Il est probable que jusqu’ici vous aviez plutôt entendu parler de votre "vice" et de l’impossibilité définitive qu’il y avait à faire appel à vous. Nous allons parler aujourd’hui de ce renversement total de la situation.
ALCOOL ET BOISSONS ALCOOLISÉES
Auparavant, je dois ouvrir une parenthèse concernant ce que je désigne sous le nom d’alcool. En effet, il doit être bien entendu entre nous que je ne parle pas seulement de ce que l’on appelle couramment "les alcools", du genre cognac ou liqueurs, mais bien de toutes les boissons alcoolisées, vin, bière, cidre et naturellement apéritifs. Il importe peu en effet que l’alcool soit pris sous une forme ou sous une autre, son effet dans l’organisme étant toujours sensiblement le même. Je v oudrais que nous soyons bien d’accord à ce sujet afin de ne plus avoir à y revenir.
POSITION DE VOTRE ENTOURAGE DEVANT VOTRE CONSOMMATION D’ALCOOL
Donc, depuis un temps plus ou moins long, vos parents, vos amis et finalement vous-même avez identifié l’alcool comme l’un des principaux responsables de votre mauvais état actuel. Au début, on a invoqué un vice en imaginant que vous trouviez dans l’alcool des satisfactions étranges ou immorales dont vous éprouviez avant tout le désir pervers de ne pas vous priver. Plus tard, en constatant que l’alcool v ous causait les plus graves inconvénients, on a plus simplement jugé votre conduite absurde, incompréhensible et on a continué de vous accuser de mauvais vouloir, de manque de volonté, etc. Cette réaction de votre entourage n’a fait qu’aggraver les choses, Ce furent tous les épisodes de la "petite guerre" où vous cherchiez à minimiser ou à nier toute consommation, où les vôtres se méfiaient de vous et vous épiaient ; c’était le jeu infernal des mensonges, des dissimulations, des bouteilles cachées, puis retrouvées, etc. C’était aussi votre humiliation d’être ainsi dépendant de l’alcool, et de voir votre volonté continuellement mise en échec. Cependant, au fond de vous-même, v ous étiez arrivé à partager dans une certaine mesure les jugements sévères portés par les vôtres et sans doute à penser qu’il s’agissait d’un vice amer et irrémédiable ; v ous restiez étonné et plus encore inquiet en constatant que les reproches, les appels à la volonté ne faisaient que vous enfoncer dans ce prétendu vice bien aimé. Peut-être les positions des uns et des autres étaient-elles plus nuancées : entre une extrême sévérité et une large indulgence, finissant toujours par se confondre avec un jugement moral qui peut se résumer ainsi : "C’est mal de trop boire".
POSITION MÉDICALE DEVANT VOTRE CONSOMMATION D’ALCOOL
Si je vous parle aujourd’hui de Maladie et non de morale, c’est non seulement parce que reproches ou exhortations sont inutiles voire nuisibles, mais aussi parce qu’envisager ce problème sous l’aspect purement moral ne rend nullement compte de sa complexité foncière. Pour me faire mieux comprendre, voici une comparaison : un homme est accusé d’être paresseux, de n’avoir aucun courage pour travailler, il est l’objet des critiques, des sarcasmes de la part de son entourage. On ne sait trop que penser de lui, est-ce un paresseux ou un incapable ? De toutes façons, on porte sur sa conduite un jugement sévère qui ne fait d’ailleurs qu’aggrav er sa situation. L’opinion des autres sera tout à fait différente si un médecin, après l’avoir examiné, déclare qu’il est atteint de tuberculose. Du même coup, on comprend que ce tuberculeux ne se reposait pas par plaisir, mais seulement parce qu’il ne pouvait faire autrement. Certes, un appel à sa volonté permettait d’obtenir de lui un sursaut temporaire d’activité, mais cet effort ne pouvait être poursuivi longtemps et le lendemain sa fatigue était d’autant plus grande.
IL NE S’AGIT PAS D’UNE MALADIE COMME LES AUTRES
Pour en revenir à vous, de même que le tuberculeux est contraint de se reposer, je dis que vous êtes comme "obligé" de boire. Encore une fois, si je me place à un point de vue moral, cette affirmation est incompréhensible. Par contre, si j’adopte à une position médicale, si je déclare qu’il s’agit d’une MALADIE, cette notion d’une contrainte plus forte que soi commence à avoir un sens. Pourtant ce n’est pas une maladie comme les autres. Une fracture, une maladie infectieuse, une maladie du cœur ou du foie, sont dues à une malchance ou à une faiblesse de constitution ; on se hâte de faire appel à un médecin car, raisonnablement, personne ne pense pouvoir se soigner seul. Ici, au contraire, vous avez redouté de voir le médecin ; peut-être par crainte d’entendre un nouveau sermon, mais je crois surtout à cause de l’illusion de pouvoir agir seul : "A la limite, il me semble que j’aurais dû pouvoir m’arrêter de boire." D’ailleurs, si vous avez vu un médecin non spécialisé, il vous a donné un traitement, sans doute excellent, mais il y a gros à parier que vous n’avez pas pu suivre ses prescriptions. Ceci est un des caractères qui différencient cette maladie des autres. Ordinairement, on n’éprouve pas de difficultés insurmontables à suivre les conseils d’un médecin. Ici, dans les conditions habituelles, c’est impossible.
En résumé, cette maladie peut se définir comme la perte de la liberté de s’abstenir d’alcool.
LES TROIS FACTEURS DE VOTRE MALADIE
Tout ceci n’est pas simple à admettre du premier coup. Vous vous apercevrez que plus on cherche à comprendre cette maladie, plus elle semble étrange, car, le plus souvent, elle trouve ses origines dans l’organisation la plus intime et la plus secrète de votre vie. Je vais vous donner dès maintenant un aperçu des trois facteurs qui la constituent :
Le facteur toxique
Il est la conséquence de la disposition maladiv e à boire sans pouvoir s’arrêter. Physiquement, vous êtes plus ou moins intoxiqué, ceci étant fonction à la fois des quantités d’alcool absorbées et de la résistance de votre organisme. L’importance de ce facteur est donc très variable selon les cas. De cette intoxication dépendent pour une large part vos difficultés familiales, professionnelles ou sociales. Demain nous en parlerons en détail.
Le facteur de tolérance se situe au centre même de votre maladie. Il s’agit de la sensibilité particulière de votre organisme à l’égard de l’alcool. Cela signifie que vous, contrairement aux autres, v ous ne pouvez plus supporter l’alcool sans péril. Je vous dirai pourquoi et comment dans le quatrième chapitre.
Le facteur psychologique, probablement le plus important, sera abordé plus tard. En l’étudiant, nous découvrirons le rôle qu’a joué l’alcool dans votre vie personnelle, et à quoi ses effets étaient destinés. Schématiser ainsi votre maladie en trois points est artificiel bien sûr ; mais l’exposé y gagnera en clarté et votre compréhension du traitement sera meilleure. L’intoxication qui se marque surtout sur le plan physique nécessite un traitement médical dont les modalités sont comparables à celles de bien des traitements habituels en médecine.
Mais les autres éléments (et surtout le facteur psychologique) exigent la mise en œuvre de techniques spéciales. Votre active participation est alors indispensable. C’est pourquoi je continuerai à vous expliquer de mon mieux dans quelles perspectives je comprends votre état. Dès aujourd’hui, vous pouvez envisager d’une façon nouvelle les problèmes qui se sont posés à vous et qui étaient jusque-là demeurés sans réponse.
"En finir avec les dépendances"
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