Lettres du Dr FOUQUET : le mythe de l’alcool

Publié le 17 juillet 2007 , par LA TEMPERANCE, LA TEMPERANCE

Peut-être êtes-vous étonné que je n’aie pas encore évoqué le rôle apparemment si grand des facteurs sociaux dans le déterminisme de votre maladie. J’ai attendu jusqu’à ce jour car j’estime que c’est seulement maintenant, à ce stade de votre cure qu’il vous devient possible de bien saisir les mystifications sociales dont vous avez pu être l’objet.

 

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"NÉCESSITÉS" PROFESSIONNELLES ET AUTRES DE BOIRE DE L’ALCOOL

C’est l’aspect le plus superficiel qui s’exprime par : "Vous comprenez, Docteur, dans le métier que je fais..." Le travailleur manuel croit compenser ainsi les efforts physiques qu’il fournit. L’employé de bureau se fait une obligation de participer aux tournées d’apéritifs offertes à toutes occasions. Le représentant de commerce, l’industriel, pour traiter des affaires avec les fournisseurs ou les clients, offrent à boire, etc. On n’en finirait pas de détailler les pseudo-justifications professionnelles de cet ordre. Cela peut aller jusqu’à l’absurde : un de mes confrères, médecin, ne me disait-il pas : "Avec tous les clients que je vois chaque jour et qui, tous, m’offrent quelque chose, ce n’est pas étonnant" ! Ou encore ces braves gens qui, m’amenant en consultation leur fils unique, célibataire attardé, me disaient pour expliquer leur malheur : " Vous comprenez, Docteur, avec son métier de professeur, les parents d’élèves et toutes les relations qu’il est obligé d’avoir..." Il n’est pas jusqu’à l’oisif qui n’affirme être entraîné à boire parce que il n’a rien d’autre à faire ! Je ne vous infligerai pas l’énoncé détaillé des autres justifications de même acabit : "J’habite dans le Nord, alors vous comprenez, Docteur..." ; le suivant me dit : "J’habite dans le Midi..." ; le troisième : "J’habite en Bretagne...", etc. Qu’il s’agisse de Lille, Bordeaux, Marseille ou Brest, de la campagne vendéenne, picarde, normande ou lorraine, qu’il fasse froid ou qu’il fasse chaud, tout cela n’explique rien. Bien sûr, je ne suis pas naïf au point d’ignorer nos coutumes qui ont pu s’exercer sur vous, mais alors expliquez-moi pourquoi nous ne sommes pas tous malades depuis longtemps ! En vérité, tout cela n’est pas très sérieux. Dans notre type de Société, il est normal de consommer des boissons alcoolisées dans la mesure où on peut les supporter ; il est pathologique d’être contraint d’en abuser.

VALEUR MYTHIQUE DE L’ALCOOL

Il y a bien autre chose : au-delà de ces "raisons" dont l’indigence est affligeante, il faut faire intervenir l’influence des valeurs mythiques dont la Société a investi l’alcool. L’autre jour, à propos du facteur psychologique, nous nous sommes posé ensemble bien des questions relatives au rôle fonctionnel que l’alcool avait joué pour vous : médicament magique de vos faiblesses, consolateur tragique de vos souffrances reconnues ou cachées, intermédiaire perfide entre vous et les autres, etc. Tous les groupes sociaux, dans toutes les civilisations, ont, eux aussi, éprouvé le besoin, sur le plan collectif, de vaincre la peur, de chasser les Démons, de l’exalter dans le Rêve, de se dépasser dans l’illusion. Depuis les temps les plus reculés, le Vin a été considéré comme un des meilleurs moyens laissés par les Dieux à l’Homme pour échapper à sa condition.

L’ALCOOL DISPENSE UNE PUISSANCE MAGIQUE

Avoir soif de gloire, d’honneurs, de richesses, de bonheur pousse l’Homme à s’étourdir dans l’ivresse divine du poison sacré. Le vin a apporté de tout temps ce mirage facile : il stimule les esprits, réchauffe les cœurs, un petit cordial délie les langues. Dionysos, puis son successeur latin Bacchus enseignent la joie, la gaieté grâce au Sang de la Vigne, au Lait de la Terre chanté par les poètes. De la Fête familiale aux Solennités nationales, aucune cérémonie digne de ce nom sans Alcool. Si nos aïeux buvaient l’Hydromel dans le crâne de leurs ennemis vaincus, de nos jours, gagner une compétition sportive, c’est gagner la "coupe". Boire ensemble est signe d’amitié, de concorde ou de réconciliation, et s’accompagne de quelques paroles rituelles sur la Santé, la Prospérité, etc. La Dive Bouteille dispense chaque soir au café du coin la Puissance aux Politiciens, la Gloire aux Stratèges invincibles, les Succès innombrables aux Amoureux transis, enfin le Triomphe aux surhommes en tous genres. Il n’est pas jusqu’à l’adolescent qui ne croit trouver la Sagesse en « prenant de la Bouteille ». Toutes ces fantasmagories dont les fondements mythiques font écho à l’éternel et profond désir d’évasion que chaque homme porte en soi sont soigneusement exploitées par les marchands. Grâce au concours actif de nos gouvernements, la Nation entière est soumise à une propagande bien organisée : de la boîte d’allumettes d’Etat aux gigantesques placards lumineux en passant par le célèbre Vin chaud aux soldats, les conseils à la radio ou les luxueuses brochures à la gloire du vin éditées à nos frais, rien n’est épargné. Les intérêts privés trouvent leur compte dans une publicité intense et habile où chaque jour, sous une forme ou sous une autre, sont célébrées les vertus magiques et surnaturelles de l’Alcool et chantées ses louanges.

Et en avant pour la FORCE, la VIRILITÉ, la SANTÉ, la JOIE de VIVRE, le PINARD qui a gagné la GUERRE, etc. Quoi qu’il en soit de cet aspect social actuel de la question, nous v ivons toujours plus ou moins en contact avec les symboles évoqués plus haut.

Sur le plan spirituel, les religions chrétiennes, par exemple, accordent au vin l’honneur de figurer, par transmutation mystique, le sang du Christ dans la Communion.

Notre langage quotidien est aussi imprégné de ces valeurs étranges. Le mot alcool est d’origine arabe : ce sont en effet les Arabes qui, les premiers, ont découvert le moyen de distiller les boissons alcoolisées pour en extraire cette eau-de-vie, eau ardente, eau qui brûle, produit mystérieux qui réalise l’union sublime des deux principes de puissance ancestralement opposées l’Eau et le Feu. La vénération extraordinaire dont il fut l’objet accrédita bien des légendes ; c’est à travers l’une d’elles, celle de la combustion spontanée de ceux qui, gorgés d’alcool, arrivaient à prendre feu tout seuls, que le mot "cuite" prend son sens ; probablement aussi être cuit, brûlé et par conséquent "noir". Si le copain est celui avec lequel on partage son pain, le "pote" est celui avec lequel on boit.

LE REVERS DE LA MÉDAILLE

Mais les expressions argotiques, reflet de la sagesse populaire, nous font entrevoir aussi le revers de la médaille. L’alcool consommé à la manière d’une drogue en apportant le rêve du calme, de la force ou de la puissance, épargne tout effort pour modifier la réalité. Cette situation d’échec est si fréquente que les mots "trinquer" ou "déguster" signifient aussi pâtir pour ceux dont les lendemains déchantent. De même, ne dit-on pas de celui qui boit d’une manière pathologique, qu’il "biberonne", qu’il "tête" sa bouteille ? Ce ne sont pas là que des mots : vous savez combien le fait de boire place habituellement le buveur dans le même état de dépendance à l’égard de son entourage que celui vécu par l’enfant à l’égard de sa famille. Bien entendu, il n’est pas sans réagir, mais ses protestations ressemblent bien plus à des colères d’enfants qu’aux actes utiles et efficaces d’un adulte.

RÔLE DE L’ALCOOL DANS LA SOCIÉTÉ

Je me suis étendu sur ce rôle mythique de l’alcool pour essayer de vous faire voir quelle place prédominante il a pris dans notre société. Que l’alcool soit, à l’occasion, bien agréable dans quantités de boissons, cela ne justifie pas que l’on en boive tant et en toutes circonstances. Une. telle attitude de notre société ne serait pas grave si malheureusement elle ne faisait des victimes. Vous en êtes une ; maintenant, si v ous avez compris que votre santé ne peut tolérer aucune dérogation à la règle de l’abstinence, vous vous demandez peut-être comment v ous pourrez être toléré par cette société où l’Alcool-Roi a pris une si grande place.

L’ATTITUDE DES AUTRES DEVANT L’ABSTINENCE

Connaissant les vertus imaginaires attribuées à l’alcool, vous comprendrez mieux pourquoi vos camarades, vos amis croiront nécessaire de vous inviter à boire. Ils voudront vous faire participer à cette sorte de bonheur sans responsabilité et sans efficience que procure l’alcool. Ils diront probablement que, pour une fois, vous pouvez déroger à la règle, que les médecins prêchent le plus pour avoir le moins. Tout en ne croyant guère à leurs arguments, vous pourriez être tenté de les suivre, ne serait-ce que pour ne pas les froisser. Je peux pourtant vous affirmer que ce problème est sans gravité. Vos amis prendront le pli de ne plus vous offrir d’alcool dès qu’ils auront admis la nécessité vitale pour vous de rester abstinent en toutes circonstances et avec tous. Ils comprendront ainsi que l’alcool n’a plus pour vous la valeur mythique qu’il avait autrefois. Je peux vous affirmer que tous mes anciens malades ont été étonnés de constater à quel point leur abstinence a été bien tolérée par les autres. Ils n’ont eu à supporter de ce fait ni remarques désobligeantes, ni conséquences néfastes dans leurs affaires, bien au contraire.

Ne pas faire comme tout le monde, paraît toujours difficile. Dans cette circonstance, « faire comme tout le monde » c’est se nourrir d’une illusion, et pour vous, être malade. En échappant à ce rite moderne, vous retrouverez dans votre vie réelle ce que vous aurez perdu dans le domaine de l’illusion.

Tous ces "alibis" sont pris en compte au cours des séminaires "En finir avec les Dépendances" pour permettre aux personnes dépendantes d’avoir accès aux ressources recherchées à travers l’alcool (ex : calmer l’anxiété, se sentir fort, dépasser la peur sociale, accéder à la joie de vivre, etc.) sans avoir besoin d’avoir reccours aux produits.

 

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