Publié le 21 juillet 2007 , par LA TEMPERANCE
Je vais vous parler aujourd’hui de l’élément toxique. Je désigne sous ce terme Intoxication l’ensemble des troubles provoqués dans votre organisme par l’alcool. Cette intoxication est directement liée au facteur de tolérance à l’alcool, question qui fera l’objet de notre entretien de demain : elle est la conséquence de votre intolérance.
Voyons d’abord les symptômes. Il est probable que vous ne les avez pas éprouvés tous, mais dans l’énumération qui suit vous allez pouvoir retrouver un certain nombre de signes que vous reconnaîtrez aisément. J’ajoute qu’ils sont, selon les cas, plus ou moins intenses ; et vous savez qu’à la limite les maladies telles que la cirrhose du foie, les polynévrites et le delirium tremens sont liées directement à cette intoxication.
TROUBLES PHYSIQUES DUS A L’INTOXICATION
Les troubles du sommeil sont fréquents ; nuits agitées, peuplées de rêves, de cauchemars, avec réveils multiples, souvent aussi sueurs nocturnes. L’appétit diminue ; il devient souvent presque nul. En particulier, le petit déjeuner du matin disparaît complètement de votre menu. Fréquemment, alternatives de constipation et de diarrhée, avec, le matin, ce qu’on appelle des pituites, c’est-à-dire état nauséeux, accompagné ou non de vomissements de bile. La soif est souvent intense avec nécessité de boire de grandes quantités de liquide. Enfin, tremblement des mains, crampes dans les mollets, troubles oculaires, sensation de fatigue physique sont couramment observés ainsi que des troubles sexuels.
TROUBLES PSYCHOLOGIQUES DUS A L’INTOXICATION
Sur le plan psychologique, les troubles de l’humeur sont fréquents. Celle-ci devient variable, généralement morose, avec un sentiment général de dépression, de dégoût, de lassitude, pouvant aller jusqu’à des idées de suicide. Le caractère a tendance à devenir irritable, parfois violent et agressif. On ne tolère plus rien, on cherche la petite bête ; des sentiments de méfiance, de jalousie, de haine se développent parfois. Les relations avec les autres s’aigrissent, particulièrement avec le conjoint. Toutes les contraintes, même les plus légitimes deviennent insupportables. Au point de vue intellectuel, défaut de clarté et de lucidité, lenteur, paresse, diminution de l’efficacité et très souvent troubles de la mémoire. L’activité professionnelle devient médiocre et irrégulière ; laisser-aller général alternant parfois av ec des périodes de suractivité plus ou moins désordonnée. Il en résulte que l’ensemble du comportement est perturbé avec en général des alternatives de mieux et de moins bien. Inutile, je pense, de développer longuement ces troubles majeurs du comportement que représentent les ivresses. Il est tout à fait possible que vous n’en ayez jamais éprouvé, mais à la vérité l’état "intermédiaire" n’est guère moins mauvais. Ces signes, je le répète, sont variables en intensité ; on ne les retrouve jamais tous en même temps. Vous en avez souffert plus ou moins ; certains peuvent vous être totalement inconnus. Encore ai-je limité cette énumération aux symptômes les plus extérieurs ; je me réserve de parler avec vous plus en détail des sentiments intimes de souffrance, de malaise ou d’angoisse que vous avez pu éprouver. Ils sont la conséquence de l’action toxique de l’alcool sur votre organisme par l’intermédiaire du système nerveux et du foie. Vous savez aussi, probablement par expérience, que, le plus souvent, ils disparaissent temporairement sous l’action de l’ingestion d’une petite dose d’alcool ; par exemple, le matin, le meilleur moyen de faire disparaître le tremblement est effectivement de consommer un peu d’alcool.
L’INTOXICATION ÉTUDIÉE PAR L’EXAMEN DU SANG
Pour apprécier le degré de cette intoxication, nous vous avons fait une prise de sang. Il n’est pas question d’y rechercher l’alcool comme on le croit souvent ; en effet, l’alcool du sang s’élimine rapidement et il aurait été possible tout au plus de déceler par ce moyen ce que vous avez absorbé dans les heures qui ont précédé la prise de sang. Par cet examen, nous cherchons à connaître les modifications subies à la longue par votre organisme. Les perturbations observées représentent une réaction de défense devant l’agression toxique répétée. Elles sont très diverses et il est difficile, sinon inutile, de les détailler ici. C’est un problème technique qui regarde d’abord votre médecin. En fonction de votre âge, de votre état physique à l’entrée, de la durée de l’intoxication et de bien d’autres facteurs, lui seul saura ce qu’il convient de demander au laboratoire. Bien entendu, le résultat de ces investigations vous sera communiqué et sera commenté avec vous. J’attire cependant votre attention sur le fait suivant : dans certains cas les chiffres trouvés diffèrent assez peu de la normale. Ceci ne prouve nullement que vous n’étiez pas intoxiqué, mais seulement que les dégâts sont en apparence faibles et surtout difficiles à mettre en évidence, sauf à faire pratiquer des examens très spécialisés.
NÉCESSITÉ DU TRAITEMENT DE L’INTOXICATION
Ces dosages nous permettent d’apprécier chez vous l’importance de ce facteur toxique. Dans la majeure partie des cas, ces signes sont réversibles : ils ont tendance à régresser spontanément quand cesse la consommation du toxique, mais il serait erroné de croire que le seul fait de s’arrêter suffise à rétablir entièrement ces mécanismes délicats. Peut-être l’avez-vous éprouvé personnellement par expérience. Supposons que vous vous soyez "mis au vert" pendant 3 semaines ; vous aurez constaté, après quelques journées difficiles, une large amélioration sur tous les plans ; cependant vous n’avez pas continué ce régime, ceci pour de multiples raisons. L’une d’elles est d’ordre biologique : les poisons accumulés dans votre organisme ont continué d’exercer leur action nocive et à votre insu, peut-on dire, ont aidé à la rechute. C’est pourquoi un traitement médical de désintoxication est une nécessité. Vous-même avez peut-être déjà constaté que certains symptômes d’intoxication que vous éprouviez commencent à disparaître.
MODALITÉS DU TRAITEMENT DE L’INTOXICATION
Ainsi, nous avons fait débuter le traitement par des moyens médicamenteux qui ont été mis en œuvre dès votre entrée ici : Cette chimiothérapie comporte essentiellement l’usage de vitamines, de produits hépatiques et neuroleptiques (ces derniers sont des médicaments du système nerveux). La qualité et la quantité de ces produits varient essentielle¬ment d’un sujet à l’autre. Chez le même sujet, elle varie aussi d’un jour à l’autre : nombreux au début de votre traitement, ils sont progressivement réduits. Ici une remarque : bien des patients se tourmentent à la vue des multiples petites pilules à absorber le matin, à midi et le soir, ou se montrent inquiets des divers liquides multicolores qu’on leur injecte dans les veines ou dans les fesses. Rassurez-vous : mon désir n’est pas de substituer à l’alcool des produits médicamenteux destinés à vous abrutir d’une autre manière et à vous faire devenir dépendant de ces médicaments. Associé au repos, à l’isolement et au sevrage de toute boisson alcoolisée, ce traitement va vous permettre de réparer ce qui était défectueux dans votre organisme. Il constitue seulement un point de départ.
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